Fumée et santé
(AT) La fumée du tabac nuit à la santé même après très peu de temps et en quantité minime. Arrêter de fumer est la seule manière sûre de réduire le risque de décès et de maladie induit par le tabagisme. Ce sont les deux conclusions principales du rapport sur la fumée et la santé édité en 2010 par les plus hautes instances sanitaires américaines.
Causes des maladies
La fumée du tabac qu’on inhale est à l’origine des maladies tabagiques. Elle contient plus 7000 particules chimiques différentes, sous forme solide ou gazeuse. Parmi les particules solides, on compte notamment la nicotine et les goudrons et parmi les particules gazeuses le monoxyde de carbone. Quelque 70 particules solides et gazeuses sont cancérigènes.
Une cigarette livre deux sortes de fumée du tabac. - Le bout incandescent de la cigarette se consume spontanément dans l'atmosphère et provoque des dommages dus à la fumée inhalée passivement (courant latéral = secondaire). - Le bout de la cigarette placé dans la bouche délivre, par inhalation, la plus grande partie de la fumée aspirée par le fumeur: c'est la fumée inhalée activement (fumée «active» due au courant principal = primaire).
La fumée environnante et la fumée «active» se différencient par leur composition. La quantité de particules nocives est plus élevée dans la fumée environnante que dans la fumée «active».
Atteintes à la santé
Les particules nocives du courant principal pénètrent par inhalation à travers les poumons jusque dans le sang et à travers lui dans tous les organes. La fumée du tabac laisse ainsi ses traces presque partout dans le corps humain, de la bouche aux poumons et du cœur aux organes excréteurs.
Ces 50 dernières années, la liste des maladies provoquées directement par la fumée n'en finit pas de s'allonger:
- En 1964, les plus hautes instances sanitaires américaines publiaient un premier rapport sur la fumée et la santé, concernant le cancer du larynx, la bronchite chronique et le cancer des poumons.
- Au cours des années suivantes, d'autres maladies sont venues s'y ajouter, comme le cancer de la bouche et du pharynx, de l'œsophage et de la vessie, les affections cardio-vasculaires et les dysfonctionnements des organes reproductifs chez l'homme et chez la femme.
- En 2004, les autorités sanitaires américaines ont allongé la liste dans leur dernier rapport intitulé: "Conséquences de la fumée sur la santé" avec neuf nouvelles maladies: gingivite, cataracte, pneumonie, atteintes des artères abdominales principales, cancer de l'utérus, des reins, du pancréas, de l'estomac et leucémie myéloïde aiguë.
Fumer entraîne le cancer et affaiblit aussi les défenses de l’organisme contre les cellules cancéreuses. Cela vaut aussi pour les types de cancer qui n’ont pas été causés par le tabagisme. En outre, le tabagisme atténue les effets de la chimiothérapie et autres traitements contre le cancer.
Les enfants exposés au tabagisme passif ont plus de risques d’infections des voies inférieures et des poumons, présentent davantage d’otites moyennes chroniques, d’irritations des voies supérieures, de diminution de la fonction pulmonaire, d’aggravation de l’asthme. Le tabagisme passif ralentit la croissance des poumons.
Mortalité due au tabagisme
En Suisse, près de 9'000 personnes meurent chaque année des suites du tabagisme, ce qui représente plus de 25 décès prématurés par jour, dont un quart de personnes de moins de 65 ans. En tout, 41 % de ces décès sont causés par le cancer, 41 % par une maladie cardiovasculaire et 18 % par une maladie des voies respiratoires. Les principales causes de décès sont le cancer du poumon (27 %), les maladies coronaires (17 %) et la bronco-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) (15 %).
En moyenne, les adultes fumeurs meurent 13 à 14 ans plus tôt que les non-fumeurs. Chez les hommes, 90 % des cancers pulmonaires mortels et 80 % de ces cas chez les femmes sont dus à la fumée. Le fumeur encourt de surcroît un risque 1 à 4 fois plus élevé de mourir d'une maladie cardio-vasculaire.
Nicotine
A l'instar de l'héroïne et de la cocaïne, la nicotine est une drogue extrêmement puissante, qui augmente le rythme cardiaque et la pression sanguine. Le corps consomme dès lors davantage d'oxygène et sollicite plus, à long terme, les fonctions cardio-vasculaires.
Les particules de nicotine pénètrent par inhalation de la fumée dans les poumons pour gagner ensuite le sang. Elles traversent la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau en 9 à 16 secondes (donc plus rapidement que par voie intraveineuse). Dans certaines régions du cerveau, elles trouvent des sites (récepteurs) où se fixer, réservés normalement à un messager neuronal bien précis. Les particules de nicotine peuvent toutefois se placer sur ces récepteurs parce qu'elles ressemblent fortement à ce messager neuronal.
La liaison de la nicotine à ces récepteurs entraîne ensuite la diffusion d'autres messagers neuronaux. Ce processus déclenche des sensations agréables que les fumeurs attendent ensuite avec impatience: légère augmentation de la capacité de concentration, détente et bien-être.
Le souvenir de ces sensations positives associées à la cigarette s'incruste dans la mémoire à long terme. La diminution du taux de nicotine dans le sang provoque une recrudescence du besoin de fumer, entraînant les phénomènes de manque, une humeur dépressive, de l'angoisse et des difficultés de concentration.
Ce phénomène de dépendance peut s'installer chez les jeunes après quelques cigarettes seulement. L'opinion répandue selon laquelle la nicotinodépendance ne prend effet qu'après plusieurs années de tabagisme est fausse. Seule la cigarette permet d'inhaler de la nicotine dans de fortes proportions en aussi peu de temps. Le fumeur a besoin de sa dose personnelle de nicotine et tire donc sur sa cigarette jusqu'à l'avoir atteinte.
Goudrons
Concentré résultant de la combustion de différentes substances , les goudrons sont constitués de nombreuses particules chimiques solides, liquides ou semi-liquides. Les goudrons adhèrent, après inhalation, aux voies respiratoires et aux poumons.
Toutefois, les particules de petite taille peuvent pénétrer dans le système sanguin, gagner l'ensemble du corps humain et provoquer le développement de cancers en des endroits très différents. Hormis ces risques, les goudrons colorent les dents et les doigts des fumeurs en jaune-brun.
Monoxyde de carbone
Ce gaz nocif incolore se constitue lors de la combustion du tabac. Le monoxyde de carbone bloque, dans les petits vaisseaux des parois alvéolaires pulmonaires, le lien entre l'oxygène et les globules rouges, ce qui a pour conséquence de freiner l'apport d'oxygène dans le sang. Le grand fumeur reçoit jusqu'à 15% d'oxygène en moins. Les organes et les tissus des fumeurs et des fumeuses sont en permanence sous-alimentés en oxygène, élément indispensable au métabolisme.
Cigarettes pauvres en goudrons
En Europe, les cigarettes ne peuvent pas dépasser les valeurs suivantes par cigarette: 10 mg de goudrons, 1,0 mg de nicotine, 10 mg de monoxyde de carbone. Ces quantités imprimées sur les paquets de cigarettes se fondent sur des mesures mécaniques.
Mais les hommes ne sont pas des machines. Les personnes nicotinodépendantes ont besoin de leur dose quotidienne de nicotine. Si elles fument "léger", elles recourent à des ruses pour parvenir à leur dose nécessaire. Par exemple, elles tirent sur leur cigarette très profondément ou la fument jusqu'au filtre. Elles bouchent aussi les trous d'aération du filtre avec les doigts. Par ce stratagème, elles inhalent une quantité de goudrons et de monoxyde de carbone plus élevée que ce que le paquet de cigarettes indique.
Changer de marque de cigarettes, et passer d'un taux de nicotine et de goudron élevé à un taux diminué ne présente donc aucun avantage pour la santé.
- Le changement de cigarettes normales à celles présentant, soi-disant, un taux de goudron diminué ne réduit en aucun cas le risque élevé de cancer des poumons.
- Ce changement ne change rien non plus au risque de maladies cardio-vasculaires.
Dès lors, les chiffres indiqués sur les paquets de cigarettes sont trompeurs. Les quantités réelles de nicotine, de goudrons et de monoxyde de carbone inhalées sont beaucoup plus élevées.
Réduction de la consommation de tabac
De nombreux fumeurs ont beaucoup de mal à arrêter complètement de fumer. Il peut leur paraître a priori plus facile de diminuer leur consommation quotidienne, du moins pour commencer.
Mais leurs attentes restent souvent insatisfaites, car réduire le nombre de cigarettes fumées par jour apporte un gain minime au niveau de la santé:
- Ce sont d'abord les années de consommation qui induisent les maladies typiques du tabac. Une réduction à long terme de la quantité n'induit guère d'amélioration en matière de santé.
- Le besoin de recevoir sa dose quotidienne de nicotine pousse le fumeur à tirer davantage sur ses cigarettes s'il en consomme un moins grand nombre, de sorte qu'il absorbe presque autant de substances nocives. D'ailleurs, avec les substituts nicotiniques, et la dose de nicotine qu'ils fournissent, les avantages pour la santé ne sont déjà pas aussi évidents qu'en cas d'arrêt.
Les experts suisses ne recommandent donc la réduction de la consommation que dans des cas particuliers:
- Pour les personnes très dépendantes à la nicotine, qui ont déjà plusieurs vaines tentatives derrière elles pour arrêter de fumer et qui ont au moins six points au
test de mesure de la dépendance, - Pour les personnes souffrant d'une maladie grave due au tabac, comme une broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO).
Dans ce cas, il importe que le fumeur ou la fumeuse soit accompagné par son médecin et qu'il ou elle prenne des substituts nicotiniques.
Arrêt tabagique
Arrêter de fumer présente des avantages pour la santé à court et à long terme.
- La fréquence cardiaque et la pression artérielle retrouvent rapidement un niveau normal, et le monoxyde de carbone qui empoisonne le sang revient à un taux normal dans les douze heures.
- La circulation sanguine et les fonctions pulmonaires se rétablissent dans les douze semaines.
- La toux et la détresse respiratoire causées par le tabagisme diminuent dans les neuf mois. Les cils vibratiles des poumons arrivent à nouveau à exercer leur fonction protectrice et à repousser les mucosités et autres petits grains de poussière, ce qui réduit le risque d’inflammation.
- En un an, le risque de maladie coronaire diminue de moitié.
- Après cinq ans, le risque de cancer de la bouche, de la vessie, du pharynx et de l’œsophage est réduit de moitié. Le risque d’apoplexie et de cancer de l’utérus redevient celui d’une personne n’ayant pas fumé.
- Après dix ans, le risque de décès des suites d’un cancer du poumon est deux fois moins grand que celui d’une fumeuse ou d’un fumeur. Le risque de cancer du larynx et du pancréas diminue aussi.
- Après quinze ans, le risque de maladie cardio-vasculaire est le même que celui d’un non-fumeur.
De plus, on a meilleure haleine, des dents plus blanches, des cheveux qui sentent bon, des doigts et des ongles de couleur normale. On retrouve le plaisir de sentir pleinement les goûts et les odeurs.
Comment arrêter de fumer?
Aide au sevrage
Fumée passive
La fumée du tabac involontairement inhalée est un mélange de fumée environnante provenant de la combustion spontanée de cigarettes, cigares et pipes et d'autre part, de fumée exhalée, émanant des poumons de fumeurs. Comme pour la fumée active, la fumée passive répand ses substances nocives dans le corps, à travers les poumons puis par voie sanguine.
Chez les adultes qui ne fument pas activement, le tabagisme passif:
- nuit immédiatement au système cardio-vasculaire
- entraîne le cancer du poumon et des maladies cardiaques.
Sans oublier toute une série de maladies des voies respiratoires. Les adultes qui respirent la fumée involontairement, régulièrement et à long terme, souffrent plus souvent:
- de respiration sifflante (1,9 fois)
- de signes de bronchite chronique (1,7 fois) et de bronchite aiguë (1,6 fois)
- de troubles respiratoires (1,5 fois)
- d'asthme diagnostiqué médicalement (1,4 fois).
La comparaison a été faite avec un groupe-témoin vivant dans un environnement sans fumée.
La fumée passive augmente le risque, chez les enfants, d'infections des voies respiratoires inférieures telles que la bronchite ou la pneumonie. Ils souffrent plus souvent d'otites, d'inflammations des voies respiratoires supérieures et d'altérations des fonctions pulmonaires. Les affections asthmatiques peuvent se déclencher plus fréquemment ou s'aggraver.
Grossesse
Fumer provoque des dommages à la santé à n'importe quel stade de la procréation humaine. Les fumeuses désirant un enfant ont de plus grandes difficultés à tomber enceintes. Le risque de stérilité augmente.
Fumer pendant la grossesse porte atteinte à la santé de la mère comme à celle de son enfant. L'enfant à naître est moins bien alimenté en oxygène. Une fumeuse enceinte souffre plus facilement de complications et risque plus facilement d'accoucher d'un enfant prématuré ou mort-né. Les prématurés ont quant à eux plus de risques de mort subite du nourrisson, de handicap ou de maladie.
Les enfants de fumeuses souffrent plus fréquemment de dysfonctionnements pulmonaires et sont plus petits à la naissance, ce qui peut favoriser le risque de décès prématuré.
Chez les hommes, le tabagisme nuit au patrimoine génétique des cellules reproductrices. Il peut s’en suivre une baisse de la fertilité, et une augmentation des fausses couches et des malformations congénitales.
Sport
Les sportifs non-fumeurs ont davantage d'oxygène à disposition. Ils ont le souffle plus long et se fatiguent moins rapidement. De plus, leur pouls au repos est plus bas. Ces avantages se remarquent tout particulièrement dans les sports d'endurance comme la marche, la natation ou la bicyclette.
Fumer, au contraire, entraîne un déficit des prestations sportives. Des mesures le prouvent lors des courses de 12 minutes pour le recrutement militaire. Les non-fumeurs de moins de 19 ans réussissent en moyenne 2613 mètres.
Les fumeurs, eux, sont plus lents, quel que soit le nombre de cigarettes fumées par jour:
- 95 mètres de moins en moyenne pour les petits fumeurs (jusqu'à 10 cigarettes par jour),
- 242 mètres de moins en moyenne pour les fumeurs moyens (10 à 20 cigarettes par jour),
- 360 mètres de moins en moyenne pour les gros fumeurs (plus de 20 cigarettes par jour).
Cette diminution des prestations sportives dépend aussi de la durée du tabagisme. Les gros fumeurs sont les plus touchés s'ils fument depuis plus de quatre ans. Ces derniers parcourent 425 mètres de moins que les non-fumeurs.
Les mesures faites lors de la course populaire des 16 kilomètres ont également montré de moindres performances chez les fumeurs. Même si tous les participants présentaient les mêmes conditions que les autres, du point de vue de l'entraînement, du poids et de l'âge, les fumeurs avaient besoin d'une minute de plus que les non-fumeurs, ceci pour 4 cigarettes fumées par jour.
Sources
2004 Surgeon General's Report - The Health Consequences of Smoking
www.cdc.gov/tobacco/data_statistics/sgr/2004/index.htm.
2010 Surgeon General's Report - How Tobacco Smoke Causes Disease: The Biology and Behavioral Basis for Smoking-Attributable Disease
www.cdc.gov/tobacco/data_statistics/sgr/2010/index.htm
Office fédéral de la statistique Actualités OFS Aktuell, "Les décès dus au tabac en Suisse. Estimation pour les années entre 1995 et 2007"
www.bfs.admin.ch.
Action on Smoking and Health, factsheet no:12 What's in a cigarette - August 2001
www.ash.org.uk/information/facts-and-stats/essential-information.
Jacques Le Houezec, Pharmacologie de la nicotine et dépendance au tabac, in: Médecine & Hygiène No 2452 1.10.2003
http://rms.medhyg.ch.
Semira Gonseth, Isabelle Jacot Sadowski, Jacques Cornuz, Empfehlungen eines Schweizer Expertenteams. Réduction des risques liés à la consommation de tabac, Bulletin des médecins suisses 2010; 41: 1621-1625
www.saez.ch.
American Cancer Society, When smokers quit - What are the benefits over time?
www.cancer.org
P. Leuenberger et al., Passive Smoking Exposure in Adults and Chronic Respiratory Symptoms (SAPALDIA Study), in: American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine 1994; 150: 1221-1228
www.ajrccm.org.
Bernard Marti et al., Smoking, Alcohol Consumption, and Endurance Capacity: An Analysis of 6'500 19-Year-Old Conscripts and 4'100 Joggers, in: Preventive Medicine 1988; 17: 79-92
www.sciencedirect.com/science/journal/00917435.
Edition: Association suisse pour la prévention du tabagisme
Texte: Nicolas Broccard
Traduction: Valérie Vittoz, Lausanne
Etat: août 2012
AT-Suisse
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3008 Berne
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